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La Paix soit avec vous
En ces temps de conflits multiples et d’appels bellicistes, la paix semble une notion de plus en plus inconsistante et illusoire. Mais l’agitation réside aussi et surtout à l’intérieur de nos cœurs angoissés par un avenir incertain.
Le prestigieux Prix Nobel de la Paix, qui n’a pas été justement institué par Nobel, inventeur de la dynamite, est devenu un outil politique afin d’être attribué même à des barbares comme Obama, après un an de mandat, et qui a largué plus de bombes pendant ses mandats que tous ses prédécesseurs… Et l’actuel Président américain réclame le prix comme un enfant un joujou, tout en finançant le génocide à Gaza et en attaquant le Venezuela hors du droit international le plus basique.
La Pax romana, la Pax británica y la Pax americana sont essentiellement des traités imposés aux vaincus par les vainqueurs. Certes, c’est sans doute mieux que la guerre perpétuelle et Pline l’Ancien (23-79) s’émerveille du fait que, sur tout le territoire de l’Empire romain, les hommes peuvent échanger sans entraves des idées et des denrées, en l’occurrence les plantes médicinales…1
Où se trouve donc la véritable Paix, celle que « rien de peut troubler » ?
Une mer calme peut refléter cette sensation de paix, mais à tout moment, elle peut s’agiter de nouveau. Il nous faut une paix des profondeurs, en-deçà des apaisements superficiels et transitoires. L’air est trop volatil, l’eau inconstante, c’est le sol pierreux des fonds sous-marins qu’il nous faut et, pour ce faire, descendre des agitations mentales de l’air et traverser les agitations émotionnelles de l’eau. Se déposer comme un sédiment sur ce qui demeure, la pierre, la terre.
Cette paix doit aussi échapper à la temporalité incertaine, à l’événementiel des phénomènes, pour devenir stable, durable, immuable. Elle est donc de l’ordre de l’Éternité, elle ne passe pas. Elle demeure imperturbable au sein des mouvements, comme le moyeu de la roue ou l'œil du cyclone.
Enfin, nous aspirons à une paix vivante, pas la paix des cimetières et des corps pétrifiés de Pompéi.
Les médecines traditionnelles amazoniennes nous révèlent qu’il existe un tel espace de paix possible localisé dans le bas-ventre, dans les entrailles. En ce lieu réside ce qui « nous tient aux tripe », ce qui fait partie viscérale de nous-mêmes. C’est le lieu où l’être humain, entre 7 et 12 ans, au contact du sacré qui se présente à lui, inscrit son choix de servir Dieu ou y renonce, librement, hors de toute considération psychique, émotionnelle ou circonstancielle. Cette option libre choque nos esprits rationalistes qui confondent le spirituel et le psychique. A 7 ans l’enfant acquiert la notion de son existence propre et la pensée réflexive, sa liberté au sein de l’innocence, et à 12 ans il atteint la maturité spirituelle qui précède celle du corps sexué, du psychisme et des émotions. Il répond du fond de son « cœur » (viscéral) à l’appel de la transcendance.
L’hébreu, en se référant aux entrailles, use de mots signalant une masse viscérale située dans la partie basse de la cavité abdominale et qui possède simultanément une signification symbolique de compassion, amour, siège des sentiments les plus cachés et profonds. Ce qui l’assimile à l’intime de l’intime, au cœur de l’être. Or cette terminologie qui désigne à la fois l’intime de l’intime dans le corps physique et dans son sens spirituel, est un équivalent du mot « miséricorde ». C’est pourquoi Saint Luc (1:78) évoquera les « entrailles de la miséricorde de notre Dieu » qu’il relie immédiatement à la Nativité en précisant « en vertu de laquelle le soleil levant nous a visités d'en haut ». Pour le dire en langage profane, la « nature » viscérale de Dieu est la Miséricorde.
La Paix à laquelle nous aspirons se trouve donc cachée dans nos entrailles où Dieu nous rejoint par sa Miséricorde. Endroit occulte où Il nous libère de toute culpabilité, honte, mauvaise conscience, et nous offre le pardon qui apporte la paix de l’âme.
Cette terre intérieure, placée au-dessous des agitations mentales et émotionnelles, purifiée de ses négations (non serviam) à l’appel divin, peut devenir le roc sur lequel repose notre être. Le Christ nous invite à nous reposer en Lui, à construire sur ce roc et non sur du sable meuble emporté facilement par les inondations émotionnelles. Lieu de refuge qu’ont reconnu les mystiques. Elizabeth de la Trinité demande à s’y établir « immuable et paisible comme si déjà mon âme était dans l’Éternité ». Thérèse d’Avila nous rassure qu’en ce lieu « rien ne te trouble, rien ne t'épouvante, tout passe, Dieu ne change pas, la patience obtient tout ».
En effet tout passe mais le Christ précise : « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point » (Mathieu 24, 35). Le Prince de la Paix ne propose pas la paix du monde et annonce même que Sa Parole inclut l’épée, le conflit, la division au sein même des familles (Mathieu 10:34-36). L’épée tranche entre le « serviam » et le « non serviam ». La Paix qu’il offre et d’abord la réconciliation avec Dieu qui entraîne toutes les autres formes de pardon et de paix : « Je vous laisse la paix, je vous donne MA paix. Je ne vous donne pas comme le monde donne » et alors donc « que votre cœur ne se trouble point, et ne s'alarme point » (Jean 14:27).
Qu’en ce Noël, le fruit béni des entrailles de la Vierge Marie nous apporte la véritable Paix, celle des entrailles de miséricorde.
Jacques Mabit, Noël 2025.
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